Rencontres avec les Huninguois[es]

Walter BUHLER et René MARANZANA : adjoint technique, la chouette galère

Walter Buhler / René Maranzana

Quand on est un vieux Huninguois, que tout le monde vous connaît et qu’on est adjoint au maire chargé des affaires techniques, aïe ! « On est constamment sollicité » expliquent Walter et René. « En première ligne pour les critiques. Et il faut avoir la peau dure ! Tenir, se laisser le temps de la réflexion ».

Walter Buhler était technicien électricien de formation ; René Maranzana, mécanicien ajusteur. Alors, adjoint au technique, ça leur pendait au nez. Walter s’y est collé de 1983 à 1989 sous l’ère Muller ; René, qui l’a accompagné durant cette période, a poursuivi jusqu’en 2007 : quatre mandats sous trois maires (Muller, Martin et Moebel), preuve que si la fonction est galère, elle peut être gratifiante aussi.

Mais comme dit, gare aux critiques tous azimuts

Déjà se « coltiner » les maires. Si avec Étienne (Martin) puis René (Moebel), les affaires se sont plutôt vécues en douceur, avec Charles Muller, ça n’a pas toujours rigolé.

«  Qu’une obsession : les sous! »
« Lors de mon premier mandat, explique René, j’ai pris l’initiative de poser des pavés au bout de la rue de la Libération : 10 à 12 m de trottoir. » Walter : « ce devait être l’amorce de la promenade actuelle des bords du Rhin. » René : « et le lendemain, on était convoqués chez Charles qui nous a fait comprendre que, lui maire, il n’y aurait jamais de rue dans ce secteur. Et surtout pas de pavés ! Autre exemple : la démolition du mur derrière la mairie : ça a été dur de le faire admettre ! » Walter : « Et pourtant, c’était nécessaire pour créer des parkings. Mais Charles n’avait qu’une obsession : les sous ! » René : « il était fier à la fin de l’année d’annoncer le matelas qu’on avait question trésorerie. »

René rappelle encore l’anecdote de la Maison des sports : « à l’origine, l’allée centrale devait être orientée sur le clocher de l’église du Christ-Roi ; une bonne idée mais qui nous faisait perdre un peu de terrain. Le maire a dit niet. » Et adieu la perspective… royale.
René : « je me rappelle le phénomène neigeux de mars 2006 où l’on s’est retrouvé avec près de 80 cm de neige dans les rues. J’ai été très déçu par le comportement de certaines personnes que l’on disait pourtant intelligentes. Tout le monde voulait être le premier servi. »

« Se frotter à la population ensuite »
Et puis, les enseignants. « Ah ! Leurs exigences. À les écouter, chaque directrice voudrait un autre revêtement de sol » commente René. «Les parents d’élèves, c’est pas mieux ! » ajoute Walter. « Et les collègues femmes ! » surenchérit René qui rappelle la construction du centre technique. « On avait deux projets. Et les voix étaient partagées. Une femme a fait basculer le vote parce que sur le plan, l’architecte avait dessiné un joli bandeau de couleur sur la façade. Et que ça lui plaisait. Les femmes, on devrait toujours leur présenter les plans à l’envers. De toute façon, elles ne comprennent rien. » René fait là semblant d’oublier qu’il y a des femmes architectes…

Enfin, les administrations. Comme le service de la Navigation. René : « il ne voulait jamais rien vendre. Seulement faire des échanges de terrains. On ne pouvait rien faire. Pour un aménagement au bord du Rhin, c’était toujours non. Pas de sous ! J’ai pris sur moi de faire planter des arbres, sur leur terrain, pour un parc en bordure de l’allée des Marronniers. J’ai dû me rendre à Colmar pour m’excuser. » Mais les arbres sont toujours là.

« Le spécialiste des avenants »
Les pieds dans les chantiers, nos deux complices ont eu aussi à batailler avec les surprises du terrain ; soit des vestiges Vauban – « et c’est coton ! Les murs sont plutôt épais » précise Walter – soit des terrains pollués. « Et si pour la Maison des sports, on s’est contenté de les enfouir – explique René – la réglementation a changé. Pour le Triangle, on nous a imposé de les confiner. »

Et bonjour les dépenses imprévues ! René : « j’étais le spécialiste des avenants. Bien sûr, on peut toujours tenir un budget. Mais apporter des améliorations, cela revient souvent moins cher à la longue. »

Reste que – rentrez les mouchoirs – les satisfactions dominent, heureusement.

Les moyens, le travail ont bien changé. Ainsi le centre technique aujourd’hui. À des années-lumière de la misère de leurs premières années. « On n’avait même pas assez de balais pour tous les ouvriers, se rappelle René. Le dernier arrivé se retrouvait les mains vides. Et même pas assez de chaises pour s’asseoir ! »

Et les missions ont évolué. « Au début, on a beaucoup enterré, explique Walter : l’assainissement, les lignes électriques avec un raccordement jusqu’au transformateur de Rosenau. »

«C’est vrai, c’était frustrant comme travail, avoue René. On aime en fin d’année aligner un catalogue de belles réalisations en surface. »

Comme la Maison des sports, le Parc des eaux vives, le Triangle, la Nef ou le Carré des seniors… Autant de réalisations qui devaient suivre, que René a vécues en première ligne et dont le spectacle de ruches bourdonnantes aujourd’hui font que « non ! On ne regrette rien » concluent nos deux « martyrs » de la fonction d’adjoint technique.

Jean-Louis Mossière