Rencontres avec les Huninguois[es]

René GENOT dit … le braco

Rene Genot

Avec Bouli pour surveiller le bouchon, il pêche en solitaire. Et pas le menu fretin ! René Genot a pour ligne… de conduite : « prendre toujours plus gros ».

À la rigueur, demandez René… Car son nom, lui, ne dira pas forcément grand-chose. Même à ses voisins de palier. Le mieux encore, si vous le cherchez dans son immeuble de la rue Joffre, c’est de demander… « le pêcheur ».

« Ou le braco », ajoute l’intéressé en nous ouvrant, avec le sourire, la porte de son studio. Le braco ? Pour… braconnier ? « Oui, un sobriquet qu’on me donne. Peut-être un peu par jalousie parce que je prends beaucoup de poissons. »

Et pourtant, rien d’illégal là-dedans. Et pas de raison non plus pour les chevaliers de la gaule qui rentreraient la musette vide, d’afficher des complexes. La pratique, l’expérience simplement ferrent souvent la réussite. Et pour René Genot – donc dit « le braco » – la pêche c’est toute sa vie.

« Mon premier poisson, un petit brochet, je l’ai pêché à 4 ans. De la fenêtre de ma chambre. » C’était, il y a 63 ans de cela. Dans le Jura, dans un ru qui se jetait dans l’Oignon. La famille alors habitait un moulin. Et le milieu de la pêche était à ses pieds. La passion est venue avec Auguste, le père, qui l’initia dans les « mortes », des bras morts couverts de nénuphars. « Lors des débordements des rivières, les poissons qui y tombaient s’y retrouvaient piégés. Et la pêche était facile.»

De quoi, gamin, affûter un coup de main qu’il a dû parfaire encore dans bien des rivières. Comme employé à la construction de charpentes métalliques, René aura vadrouillé en effet dans tout le centre de la France avant de se retrouver en Suisse, dans le Valais, puis employé à Zürich Kloten pour monter la toiture de la grande halle de l’aéroport. « D’une portée de 80 mètres. 6000 tonnes de ferraille montées par des vérins. Comme un champignon ! » Les champignons, son autre passion.

Employé à Bâle – et comme paysagiste pour finir – René a échoué à Huningue en 1972.

« Mieux seul que mal accompagné »
Huningue, ville d’eau, « seule ville française sur le Rhin », soulignent non sans fierté ses élus, « le pêcheur » aurait pu tomber plus mal. Et il écume ! Mais la région n’est pas (encore) concernée par les quotas de pêche de Bruxelles, alors…

« Je me lève tôt. Une demi-heure avant le jour. À 5 heures. Pour être dehors, à l’air, écouter le chant des oiseaux. Tant qu’on peut se lever, c’est qu’on n’est pas encore mort, pas vrai ? Et tout de suite la pêche ».

René pratique en solitaire. En free lance. « Mieux vaut être seul que mal accompagné. Je n’ai jamais été membre d’une société. Je tiens à être libre de toutes contraintes. »

On peut rencontrer notre solitaire le long du parcours touristique vers la base nautique de Village-Neuf, au bas de l’ancien embarcadère de Huningue ou encore au Parc des eaux vives, en contrebas de la Timonerie. Et à quoi songe-t-il alors en suivant des yeux son bouchon et toute sa vie, peut-être, qui remonte à la surface ? Aux parties de rigolade passées comme cette histoire qui aurait pu mal finir aussi avec Alain ? « On était jeune et on avait forcé sur le rouge. Et Alain est tombé brutalement sur les fesses. Il s’est empalé sur un objet saillant qui tenait la gaule. Sur le coup on a bien ri. Mais il a fallu l’emmener vite fait à l’hôpital. »

Oui, à quoi pense-t-il « le braco » solitaire ? « Déjà à pêcher toujours plus gros. Au Parc des eaux vives, dans le canal de remontée des kayaks, il y a des brèmes, des carpes, des perches, des brochets, des silures, des anguilles. Je mange tous les poissons que j’attrape. Sauf les aspes, ce barracuda d’eau douce ! Y a trop d’arêtes. » Même Bouli, son fidèle compagnon à quatre pattes, au régime poisson lui aussi, n’en voudrait pas.

Pêcher toujours plus gros… Dans le Doubs, où il revient deux fois par an pour un séjour de deux à trois semaines, chez sa copine Jeanine, il a sorti une carpe de 25 kilos. « Avec une limace pour appât. » Et en Espagne, dans le Tage, près de Madrid, où il rejoint Éva, sa compagne de 32 ans, un sandre de 9 kilos en 2002.

Reste que la pêche n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

« Il y en a un qui m’attend »
Et René Genot a aussi ses coups de gueule. Et il pourrait vous parler des heures du manque d’éducation de ces profiteurs de la nature qui abandonnent canettes et détritus de toutes sortes sur les berges ou de certains volatiles qui lui pillent son garde-manger. « Non ! Les cormorans ne sont pas mes copains. Trop nombreux ! »

Mais la tête est ailleurs. Et il a rendez-vous, vers la piste du Rhin. Avec les aspes. « Il y en a un qui m’attend. De près d’un mètre de long ! » Il battrait là alors son record : 80 cm et 5 kilos.

Oui ! Prendre toujours plus gros, c’est bien à quoi il pense, René, vous confirmera Bouli, le bichon croisé au régime poisson.

Jean-Louis Mossière