Rencontres avec les Huninguois[es]

Christine MAGENDIE :la plus belle des familles, le plus beau des métiers

Christine Magendie

Mon « bébé d’abord » ou… « moi et mon boulot » ? Christine Magendie, elle, cultive avec bonheur ses attentions de mère et son épanouissement professionnel.

On croyait révolu le temps des machos illustré par cette devinette qui voulait que le féminin de « Assis devant la télé » soit… « Debout à la cuisine ».

Et puis, « la crise, l’inégalité au travail, une certaine idéologie aussi de la mère parfaite portée par divers mouvements… » Voilà qu’à l’occasion de la sortie de son livre1, Élisabeth Badinter alerte sur le risque « d’un retour à un monde traditionaliste évacuant l’égalité des sexes… prônant la fusion mère et enfant et renvoyant la femme au foyer ».

S’épanouir dans les activités professionnelles ou le « bébé d’abord » ? « La bonne mère est celle qui a trouvé la bonne distance entre les besoins réels de l’enfant et ses désirs à elle : ni trop présente ni trop absente » répond la philosophe2.

« Allier les deux conditions, oui ! c’est possible. À condition de ne pas mettre la barre trop haut » confirme la Huninguoise Christine Magendie, visiblement doublement heureuse, elle, dans son rôle de mère et dans son travail.

Et pourtant, avec Clara (14 ans), Manon (12 ans), Astrid (9 ans) et Inès (5 ans), avec quatre enfants, quatre filles dans la maison, beaucoup déjà jugeraient cette première barre bien haute. « Il y faut sans doute un peu de discipline. » Mais les quatre sont des amours, ajoute de suite la maman.

Et puis aussi, en l’absence des deux parents au travail, il y a la nounou pour encadrer la journée de ce petit monde. Et permettre à la maman de satisfaire son « désir » professionnel.

Pédiatre. On s’en serait douté. « Cette affinité avec les enfants, c’est peut-être dans les gènes, avance-t-elle avec le sourire. Mon père était instituteur de maternelle. Et ma sœur l’a suivi. J’ai fait ce choix assez tôt. Et je suis têtue. »

Car ce n’était pas gagné avec, à l’époque, un grand-père pour mettre la pression sur les parents en interrogeant sur la nécessité pour une fille de faire des études.

Mère au foyer… Christine Magendie aura fait un joli pied de nez à son aïeul. Avec des études démarrées dans la région de Stuttgart (d’où elle est originaire), joliment poursuivies à Seattle aux États-Unis (où elle rencontra Frank, son Bordelais, qui allait devenir son mari) et une formation prolongée encore par des stages en France et en Suisse. « J’ai toujours apprécié cette période. Une certaine liberté… Le bonheur d’apprendre. J’ai fait des études de biologie moléculaire, de philosophie, d’anthropologie médicale… Il faut se bouger. J’aurais souhaité un moment faire
une carrière dans la recherche. Mais il faut aussi faire un choix. Et la seule chose qui reste, c’est la vie de famille. Et je suis contente de ce choix. »

Contente aussi d’être « seulement » pédiatre. « C’est le plus beau des métiers ! C’est large, cela va du nourrisson à l’ado. Il y faut de la patience, de l’écoute, une bonne relation avec l’enfant et… les parents. Car souvent on soigne aussi les parents qui viennent avec leur détresse et qu’il faut rassurer. Oui ! C’est beaucoup de relationnel. »

Un beau métier, sans doute, mais une profession en danger aussi. La France compte trois fois moins de pédiatres que la moyenne européenne. Ils sont huit fois plus nombreux en Italie. « C’est là un choix politique qui limite les places en classe de formation. On méconnaît le rôle de spécialiste de l’enfant et voudrait que le généraliste règle tout. Et je suis triste quand je vois le nombre de pédiatres qui ne cesse de diminuer en France. La situation est préoccupante ; les généralistes n’ont pas la même approche, la même formation. »

Le souci donc pour l’avenir d’une profession (qu’elle exerce à Saint-Louis) mais le plaisir du moment présent de vivre à Huningue où la carrière de son mari l’a menée, il y a neuf ans maintenant. « Bien sûr les plaisanteries de la belle-famille bordelaise sur le trou de Bâle, mais on est proche de tout : les Vosges, la culture avec la grande cité rhénane… Et Huningue, c’est génial ! Déjà la possibilité pour nous deux d’aller au travail à vélo, les balades en famille dans les environs et les offres en matière de sport et de culture avec l’Académie des arts notamment. »

Clara, Manon et Astrid apprennent à jouer du piano, de la flûte traversière et du hautbois pour accompagner maman. Et avant de s’y mettre, elle aussi, Inès, la petite dernière, chante déjà comme un rossignol le bonheur des grandes familles.

Jean-Louis Mossière

1 « Le conflit. La femme et la mère. » Chez Flammarion.
2 Interview du Figaro Madame