Rencontres avec les Huninguois[es]

Hüseyin FIRAT… et Huningue au coeur des biomarqueurs

Hüseyin Firat

Les nanotechnologies, plus précisément les biotechnologies, vous connaissez ? Et, plus pointus encore, les… biomarqueurs ? Non ? Vous allez forcément connaître car grâce à ces bio… machins et à un « enfant » d’Istanbul, ce pourrait bien être Byzance un jour à Huningue.

Pensez : au 33 rue du Fort, la toute jeune société Firalis créée en juillet 2008 (et encore en plein chantier) par le professeur Hüseyin Firat se retrouve aujourd’hui à diriger un consortium d’envergure européenne composé de 22 partenaires dont 11 grands groupes de laboratoires pharmaceutiques. Avec un budget de 36 millions d’euros pour développer des biomarqueurs rénaux, hépatiques et cardiovasculaires !

« Je suis très fier. Imaginez ! Une petite ville de France comme ça mise en lumière et connue de par le monde » s’exclame, rayonnant, ce professeur, ancien directeur d’unités d’analyses chez Novartis.

« Les grands groupes y consacrent 10% de leur budget »
Les biomarqueurs ne sont certes pas une nouveauté. « Ils existaient déjà, axés notamment sur le diabète, l’hypertension ou le cholestérol pour identifier un état normal ou un état pathologique. Chaque fois que l’on développe un médicament, on développe un biomarqueur pour étudier ses effets et les changements éventuels sur le patient. Les grandes entreprises pharmaceutiques comme Novartis consacrent 10% de leur budget dans ces recherches. Le biomarqueur permet notamment de définir l’efficacité d’un médicament avant même de l’administrer aux malades ; ce qui permet d’éviter des traitements lourds et pas forcément adaptés au patient. »

Ainsi le médicament ne partirait plus à l’aventure, ses effets secondaires étant détectés.

Et Firalis qui développe des biomarqueurs cliniques et pharmaceutiques, et plus spécifiquement dans le domaine cardiovasculaire, s’est acquis en peu de temps une belle notoriété. Déjà des reconnaissances diverses sur le plan local bien sûr (Trophée de l’innovation 2009 du Pays de Saint-Louis et des Trois Frontières) mais aussi régionale et nationale comme lauréat 2009 du concours d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et puis cet engagement européen maintenant…

« La plus grande initiative nationale »
« Au départ une initiative médicale novatrice » explique Hüseyin Firat : celle d’une association des grands groupes pharmaceutiques (Efpia regroupant 42 partenaires) négociant avec l’Union Européenne une mise en commun pour moitié fonds privés et publics afin de développer les moyens. Un budget de 2 milliards d’euros sur cinq ans a été ainsi débloqué pour des recherches sur quatre axes dont beaucoup orientés sur les biomarqueurs. 18 projets étaient avancés.

« Et lors de l’appel d’offres, en mai 2008, nous avons concouru pour le numéro 5, le plus important. Sur 160 candidats, l’Union Européenne nous a classé 1er parmi les trois retenus. Nous avons initié le projet, créé et coordonné le consortium. C’est la plus grande initiative mondiale sur les biomarqueurs » s’enthousiasme notre professeur.

Une initiative à laquelle le nom de Huningue est associé et qui se concrétise déjà par cet étonnant développement de Firalis. Ainsi les travaux d’aménagement actuels sur ses 750 m² de locaux, un investissement à terme (une fois les laboratoires en place) chiffré à près de 1 million d’euros. Ainsi aussi les embauches attendues : l’effectif de 5 salariés va doubler à la fin de l’année et devrait passer à 24 en 2012.

« Tous les atouts pour réussir à Huningue »
Et Huningue devra peut-être s’inquiéter de l’avenir ; dénicher un autre site pour les ambitions de cette société. Car Hüseyin Firat voit plus loin. « J’ai d’autres projets ; j’espère des aides régionales pour créer une structure dédiée à l’innovation médicale et pharmaceutique. Pensez que nous sommes au centre de la Biovalley, qu’il y a plus de 300 unités de recherches en biotechnologie en face en Suisse et une seule de ce côté-ci de la frontière. »

Ce professeur d’origine turque qui a adopté la France (« pour lui rendre – dit-il – tout ce qu’elle m’a offert en m’ouvrant la possibilité de travailler dans les plus grands centres médicaux de recherches à Paris ») a les yeux qui pétillent quand il parle de la cité Vauban, sa ville depuis 7 ans.

« Je suis convaincu que nous avons des richesses sous-exploitées. Beaucoup de chercheurs viennent me voir. Nous avons tous les atouts pour réussir ici à Huningue ».

Jean-Louis Mossière