Rencontres avec les Huninguois[es]

Haute Fréquence : Quatre garçons dans l’air du temps

Haute Frequence

Ils s’appellent Flo, Ludo, Nico et Val et sont la bande rock et blues de Haute Fréquence.

On peut aimer Brel, Brassens, Ferré… Et aussi, rappelle-toi, Barbara. Ils ne te feront pas la gueule. Ils sont bien ces jeunes. À chacun son trip. Je dirais… son pied ! Reste que leur truc à eux, c’est autre chose.

 » On puise dans la légende du rock : Deep Purple, Nirvana… que l’on se réapproprie. Et on tape aussi dans les actuels, Shaka Ponk, The Black Keys, The Raconteurs…  » explique Ludo qui croit bon d’ajouter, au cas où vous voudriez la ramener, histoire de montrer que vous n’êtes pas complètement largué : « le rap français ? C’est nul à chier. »

O.K.! C’est dit, façon un peu crue sans doute, mais, respect ! On censure pas. Ils m’ont pas fait la gueule pour Brel et Barbara. Donc, leur répertoire,  » le rock et le blues  » confirme Flo au cas où vous seriez un peu sourd.

Mon petit-fils, Tobia, qui est dans le moule de leur génération, risque encore :  » rock alternatif « .

Nul sur toute la gamme, j’accepte ce courant alternatif comme tous les avis sur l’air du temps qui n’est plus forcément celui du tango,  » cette fleur du guinche exotique  » et de la valse musette qui rime avec tata Yvette.

Mais la jeunesse a ses raisons et Verlaine, qu’elle apprend au bahut sans doute, la soutient en chantant par delà leurs décibels :  » de la musique avant toute chose « .

Et la musique, le rock, c’est la passion de Haute Fréquence, cet ensemble huninguois qui électrise les planches depuis quatre ans maintenant.

 » Pas la grosse tête « 

Ils sont quatre, comme les trois mousquetaires : Val (Valentin RIETH ), 14 ans, de Kembs, au chant et à la guitare ; Nico (Nicolas CALISE), 16 ans, de Huningue, à la basse ; Ludo (Ludovic STADLER), 17 ans, de Huningue, à la batterie ; et Flo ( Florian BAUER ) de Attenschwiller, leur D’Artagnan, au chant et à la guitare.

Flo, on connaît bien sûr. C’est la vedette, depuis ses passages télévisés dans The Voice de TF1.

Des prestations avec rappels (et appréciées par Garou notamment) qui auraient pu lui donner la grosse tête mais  » non! Il est resté le même  » rassurent ses trois complices qui sont même montés à leurs frais à Paris pour le soutenir.

 » Ça se retourne vite si on prend la grosse tête. Simplement, je reviens avec plus d’expérience et d’assurance  » explique l’intéressé qui compte bien faire profiter le groupe de ses acquis. Et notamment lors des répètes.

Au 4 rue de l’Est, domicile de la famille du batteur, tous les samedis, de 14 h à 18 h, c’est rock sinon à tous les étages déjà dans la cave tapissée de boîtes d’œufs récupérées d’un élevage en… batterie, forcément. Les poules n’ont pas suivi, le voisin direct a déménagé, le nouvel occupant est plutôt sympa et papa STADLER, Marc… complaisant ? Mieux ! Complice.

Avec son collègue de travail, Serge BAUER, il est un peu, beaucoup, à l’origine du groupe. C’est eux deux qui ont mis d’abord leurs fils musiciens, Ludo et Flo en relation. Serge est même à l’origine du nom du groupe. Il avait établi une liste des possibles et les jeunes ont flashé pour Haute Fréquence.

C’est dire l’implication des parents dans ce groupe de jeunes rockeurs. Mais aussi,  » J’ai vu tout de suite qu’il y avait là quelque chose dans leurs prestations. Ce sont aussi des bosseurs  » explique Marc, le père.

 » Oui, il y a du travail mais on ne se rend pas compte parce qu’on s’amuse  » complète Flo.

« On répète, on part sur des impros… On se dit : tiens, ça c’est pas mal. Et les autres suivent. » explique Ludo.

Et le public avec, toujours plus nombreux dans leurs concerts, les prochains le 20 juin à Brinckheim, le 21 juin à Huningue à la fête de la musique où l’on attend le maire et ses adjoints, ces vieux rockeurs de la politique.

 » Oublier mon diabète « 

Car, pas de complexe, le public est large. Presque celui de Tintin. » De 10 à 60 ans. Et on essaye de l’associer, de le faire participer à notre musique. Les gens sont étonnés de ce que l’on fait à notre âge. Et de notre répertoire  » ajoute Flo, qui se frotte à l’écriture et à la composition musicale.  » J’ai trois morceaux de rock et de blues : deux en anglais et un en français. Il y en a un contre le nucléaire, un autre sur l’importance de ne pas juger les gens sur leurs apparences, un troisième qui raconte comment le blues m’a pris. »

Vrai,  » ce sont des bosseurs  » dixit papa STADLER. Deux d’entre eux viennent des cours de guitare de Pierre SPECKER. Et la formation continue est dans leurs cordes. Dernièrement, ils étaient à un stage au Noumatrouff avec des professionnels.

Pro, Flo avoue qu’il ferait bien son métier de la musique. Nico, qui prépare un bac commercial, se verrait bien vendre des basses. Ludo avec un bac pro mécanique se voit plutôt dans l’informatique et Val, à 14 ans, a tout le temps de se poser.

En attendant, c’est  » un pour la musique et la musique pour tous « , comme ne juraient pas les mousquetaires.

Ludo n’arrête pas de battre des doigts sur la table, Nico, même à un jeu vidéo, ne lâche jamais sa basse (  » cela me permet de m’évader de mes problèmes de diabète  » ) et Flo reconnaît :  » on a en permanence des rythmes dans la tête « .

Des rythmes, dans l’air du temps.

Jean-Louis Mossière