La bonne taille de Camille et Leandros

L’une et l’autre ont quitté l’école Marcel Pagnol pour le collège après une mémorable classe de mer à Soustons, notre ville jumelée. L’une a toujours vécu à Huningue, l’autre a d’abord grandi à Athènes. Ils posent ensemble un regard sur leur ville de coeur, de son passé tumultueux jusqu’à imaginer ce qu’elle pourrait être dans vingt ans.
Un voyage scolaire dans les Landes forcément ça se prépare, et rien des leçons d’histoire n’a échappé à Camille et Leandros ; a fortiori de l’évacuation des civils huninguois dans les Landes pour laisser en 1939 le champ libre aux troupes sur la frontière alors que la guerre menace… Une histoire de famille pour Camille dont la grand-mère, alors guère plus âgée qu’elle, a vécu l’interminable traversée à destination de Soustons dans des wagons à bestiaux.
Ainsi racontée, en résonance avec la vie locale, l’Histoire marque les mémoires. Elle a d’ailleurs laissé des traces dans la ville comme le souligne Leandros : « la construction de la place forte par Vauban a obligé la plupart des habitants du petit village de pêcheurs qu’était Huningue à s’établir un peu plus loin, sur des terres qui deviendront le bourg de Village-Neuf. Et depuis le démantèlement de ses murailles, Huningue doit composer avec son tout petit territoire, son centre historique organisé comme jadis, et aussi ses vestiges ».
Huningue a la bonne taille
Pas jusqu’à dire que Huningue est une petite ville ! Pour qui a connu la mégapole grecque, Huningue serait plutôt « une ville de taille normale ». « À la bonne taille » précise sa camarade, redoutant quand même que des émeutes comme celles ayant récemment enflammé les grandes villes du pays se propagent un jour ici ; ce phénomène de violence a marqué tous les esprits.
Huningue cependant les rassure. Certes les deux immeubles qui encadrent la Passerelle leur paraissent « un peu grands » du haut de leurs 11 ans. Mais l’ouverture sur le fleuve de la seule ville française construite sur le Rhin les séduit franchement, « à condition que la vue profite à tous et de planter plus d’arbres qu’on en abat » ! Oui, habiter une ville accueillante, proche de tout et très verte est une chance, comme de pouvoir s’affranchir des frontières d’un saut de puce et ainsi profiter du meilleur de chaque pays ; à l’image de cette incroyable glace à Weil am Rhein qui éveille les papilles de Camille rien que d’évoquer sa méga crème chantilly et ses bonbons, ou de belles balades à vélo à Bâle et le long de la Wiese…
Bien sûr des choses pourraient encore être améliorées : la rue Abbatucci n’est pas très chouette, ni d’ailleurs la rue du Nord qui vraiment rebute les écoliers. Et il y en marre de ces graffitis parfois grossiers qui défigurent jusqu’aux murs du centre-ville ! Camille rêverait dans ces endroits et autour de la place Abbatucci de murs ravalés ou de façades végétalisées. La ville gagnerait aussi à s’enrichir d’œuvres d’art à l’exemple de celles installées en berge du Rhin.
Bien préparés pour l’avenir
S’agissant de se projeter à vingt ans, l’exercice donne un peu le tournis car si les têtes n’ont pas tout à fait quitté l’école Pagnol et son immense cour adorées, elles sont surtout tournées vers le collège ; Camille et Leandros se considèrent à ce titre très bien préparés pour l’avenir par leurs « super profs » et d’emblée prêts à réussir cette rentrée à « l’école des grands ». Ils savourent déjà l’autonomie qu’ils y auront : « ça fait grandir d’avoir sa carte de bus ou de cantine et de gérer son emploi du temps » !
Dans vingt ans, ils se voient à Huningue où ils se sentent décidément très bien ; Leandros en tant que médecin – il ne devrait pas manquer de patientèle – et Camille comme décoratrice d’intérieur. La ville aura entretemps accompagné sa démographie et les évolutions climatiques en préservant la qualité de vie… Et le bien vivre ensemble y sera toujours d’actualité.
Mais l’actualité du moment rappelle Leandros, c’est la flamme olympique qui traversera Huningue le 26 juin prochain ! Elle arrivera comme lui d’Athènes et sera relayée jusqu’à Paris pour des Jeux ouverts sur le monde. Un beau symbole d’universalité qui ne saurait déplaire à notre ville cosmopolite. Et à la bonne taille !