Rencontres avec les Huninguois[es]

Maïté RODOLFO : j’ai gardé ma coloration

Maïte Rodolfo

L’élue chevènementiste de l’opposition a su se faire accepter et s’intégrer dans l’équipe majoritaire du conseil. Au total, cinq mandats  » et tout en gardant mes idées  » ajoute Maïté Rodolfo. Facile ?  » Ça dépend des personnes ! »

Giovanni le Huninguois à l’accent de la Romagne rencontra un beau jour Suzanne la Soustonaise au parler chantant des Landes…

Et ce fut Maïté, l’heureux événement et un soleil au cœur de la période sombre de l’évacuation dans les Landes ; le fruit, en 1940, d’un heureux jumelage bien avant que Huningue et Soustons ne se découvrent des raisons de vie commune et n’officialisent leurs relations d’une écriture enluminée sur parchemin marqué des sceaux des deux cités.

C’est donc là, à Soustons, bercée par l’Océan tout proche, qu’est née Maïté, cette femme truculente qui allait devenir la passionaria de la gauche huninguoise et apporter, cinq mandats durant et sous quatre maires différents, vie et couleur au sein du conseil municipal.

« Il m’a déçue en 1968 « 
Elle n’a pas toujours eu la rose au poing.

 » C’est vieux mais, oui, j’ai été gaulliste. J’admirais l’homme, ce qu’il avait fait, sa stature, ce qu’il représentait… Et puis, j’ai été déçue, écœurée même, par son comportement durant les événements de 68. J’ai viré à cette époque-là. »

Viré et pas qu’un peu.  » C’est vrai, on était chevènementiste. J’ai suivi mes premières réunions socialistes dans la fin des années soixante-dix et j’ai pris ma carte. J’ai commencé en même temps que Bockel, Spiegel, Baeumler…  »

Bref, que du beau monde.

« En fait, j’ai toujours été attirée par les idées de la gauche. Au cours de ces réunions j’ai connu les socialistes locaux, les Delbarre, Marceau, Schiffli et Serge Reilhan qui m’embarqua dans l’aventure des municipales en 1983. Avec Aimé Herb, notamment, on se présentait contre la liste de Charles Muller. Et je me suis retrouvée dans l’opposition. En réalité, je n’en garde pas de mauvais souvenirs. Bien sûr, on n’avait pas les mêmes idées sur la gestion de la commune. Nous réclamions davantage de social alors que Charles Muller était surtout préoccupé d’accumuler une bonne réserve de trésorerie. Mais je savais faire des compromis. Et Charles Muller, je le connaissais déjà à travers l’association des Amis des Landes dont je suis toujours la vice-présidente et l’un des derniers membres fondateurs. »

« L’opposition, c’est usant « 
Maïté vivra le mandat suivant face à Etienne Martin qui, en 1987 déjà, avait pris les commandes de la mairie. Et ce ne fut pas vraiment la guerre froide à en croire le maire de l’époque qui affirme  » n’avoir jamais eu aucun problème avec l’équipe socialiste  » et garder de Maïté le souvenir  » d’une collègue charmante même si parfois ses idées pouvaient détonner et pas toujours correspondre à la réalité. »

Mais… charmante ?  » Quand on se croise dans la rue, elle me fait la bise ce qui n’est pas dans mes habitudes « .

Mais lors des municipales de 1995, l’équipe socialiste partie en quenouille, Maïté vire à nouveau et se retrouve dans le camp d’en face, sur la liste sans étiquette de René Moebel.

 » C’est moi qui suis allée demander à faire partie de leur équipe. Deux mandats dans l’opposition, c’est usant. On n’a pas de pouvoir de décision. Que celui de s’élever contre certains choix. Mais pas d’y remédier. »

Un opposant peut donc oublier ses différends et se dissoudre dans ceux qu’il a combattus ?

 » Bien sûr il y a certaines réticences au départ parce que l’on vient d’en face. Cela dépend des caractères des personnes, de leur faculté à se mettre à l’écoute des autres. Avec Charles Muller, cela aurait été impossible ; il était trop conservateur. »

Tandis qu’avec René…

 » Là, je me suis vraiment libérée « 
« Avec René Moebel, je me suis vraiment libérée. C’est un maire ouvert. Pas vraiment de gauche mais quand même avec des décisions qui ne démarquent pas. Je me suis occupée de la jeunesse, de l’association Nouvelle génération, des ados, de la drogue… René a pris à bras le corps les problèmes de la jeunesse. »

Et de Maïté, René Moebel, lui, parle  » d’une femme de cœur, généreuse comme Italo son mari, ouverte, disponible, toujours prête à aider… Une socialiste sans être une militante agressive. »

Bref, Maïté, l’opposante « libérée  » de 1983, fait partie de la famille. Et au mandat et maire suivants, c’est la mamma qui parle. « Avec Jean-Marc (Deichtmann), c’est une histoire d’amour. Là, je suis l’aînée parmi les jeunes. Les rapports sont différents, les liens affectifs, attentionnés, des relations de maman. Avec Jean-Marc, on prenait des repas en tête à tête ; il a l’âge de mes enfants… »

Et  » l’enfant  » Jean-Marc parle d’une collègue  » d’une fidélité exemplaire qui avait ses idées et savait convaincre si nécessaire mais qui, quand une décision était prise, se pliait à la discipline de groupe. Ce qui n’est pas évident pour une socialiste. Elle est restée, en 2008 par amitié. »

Cinq mandats donc, quatre maires…

« J’ai fait de très belles rencontres. Cela m’a enrichie, fait grandir, ouvrir les yeux sur la nature des gens. Aujourd’hui, je ne suis plus naïve. Avant, je voyais tout le monde beau ; maintenant je fais la part des choses. Et j’ai fait de très belles rencontres. Et suis heureuse aussi de ce que l’on a réalisé : le PEV, la Nef de la petite enfance, le Carré des seniors, la place Abbatucci… »

Mais la mairie, comme Capri, c’est fini. Et la  » mamma  » se donne du temps aujourd’hui pour Italo ce mari qui sut la séduire sur les terrains de foot et les Landes aussi peut-être pour raconter à Jean-Yves Montus, le maire de Soustons, (doublement de la famille puisque cousin germain et socialiste lui aussi), l’art et la manière de rester soi-même et de se faire accepter dans une équipe pas forcément de même couleur politique.

« Je me suis toujours sentie bien dans mes idées. Je me suis abstenue, par exemple, pour les courts couverts de tennis. On aurait pu faire plus pour l’Unité de vie. J’ai gardé ma coloration. »

Jean-Louis Mossière