Raymond MUTZ, l’enfant de Huningue

Il était le visage le plus familier des Huninguois en mairie pour les avoir accueillis pendant quatre décennies à la tête du Service état civil-population. Plusieurs générations que Raymond MUTZ, à la retraite depuis l’été dernier, connaît mieux qu’une requête informatique. Tout comme il connaît sur le bout des doigts sa ville de naissance.
Car oui, Raymond est né à Huningue. Un lieu atypique sur un acte de naissance, ce qui lui fait d’ailleurs esquisser un sourire en disant long sur son attachement à sa ville, sur sa fierté d’être Huninguois.
Certains découvrent aujourd’hui les vertus de l’écocitoyenneté ; Raymond lui en serait presque le Monsieur Jourdain depuis son plus jeune âge. Comme tous après-guerre ses parents, qui viennent d’emménager rue des Boulangers dans la première résidence HLM de la cité, subviennent avec sobriété aux besoins du ménage : « sans chauffage ni isolation au dernier étage, il nous fallait avec mon frère et mes soeurs nous contenter de la chaleur de la cuisinière à bois et d’un petit fourneau à charbon pendant des hivers encore très rudes. L’été, la vie s’organisait autour du jardin familial. Mon père travaillant de nuit, on s’y retrouvait pour faire la popote dès 7h du matin. Il s’en occupait dans la journée et son potager nous permettait d’être autonomes en légumes. Toutes mes vacances se passaient ainsi, toujours à Huningue. On ne possédait pas de voiture et n’en voyions d’ailleurs pas l’utilité car on avait tout ce qu’il nous fallait juste à côté ».
Avec les années, l’enfant de Huningue s’est rarement éloigné, gardant l’oeil sur son cher jardin où chaque plante, chaque oiseau l’enchante. Il faut dire que Raymond a grandi dans une commune en reconstruction où la nature avait repris ses droits, à commencer dans la multitude de dents creuses laissées par les maisons arrachées après les bombardements. Le ruisseau du Jodersloch et sa friche foisonnante, devenue il y a peu une zone protégée le long de la rue du Fort, était un autre de ses terrains d’aventure… Alors, même s’il a connu l’urbanisation massive et désordonnée de la ville pendant les Trente Glorieuses, Raymond avoue sa nostalgie pour ce temps où chaque recoin de Huningue n’était pas encore la proie d’un promoteur.
Entre une enfance épanouie et une retraite bien partie auprès des siens, Raymond MUTZ a fait carrière. Après son certificat d’études et un apprentissage d’employé de bureau, il est embauché dans un cabinet d’assurances où il apprécie le contact avec la clientèle. L’apprentissage de la comptabilité par correspondance le plonge ensuite dans les grands livres et les calques d’autrefois auprès d’autres employeurs. L’opportunité en 1979 d’un poste à la mairie tombe à pic alors que son entreprise déménage à Mulhouse. Raymond est vite recruté. « Ayant aussi à accueillir les usagers, je n’avais plus en permanence le nez sur le papier et n’ai jamais eu à le regretter. Le Service population m’a été confié cinq ans plus tard, au départ de Marguerite. »
« Junge, toi tu sais faire »
L’époque était aux fiches manuscrites qui débordaient des tiroirs, aux copies carbone et aux cachets visant le travail en bonne et due forme des administrations. « La dactylographie n’était électrique qu’au secrétariat général et l’informatique se résumait au poste du Service finances. Aussi le jour où les listes électorales ont été informatisées, mon chef m’a dit : « Junge, toi tu sais faire ». J’ai ainsi été de tous les scrutins dès 1982. Nous dépendions alors de la mairie de Mulhouse qui centralisait les fichiers ; j’y ai été sidéré par la salle des machines. Il y faisait 30°. Énorme ! Énorme ! »
Population, élections puis état civil, rattaché au Service en 2001 : Raymond a traversé les années happé par la diversité des tâches et des rencontres, louant l’informatique comme outil statistique sans rien perdre de son incollable mémoire sur les familles huninguoises dont il a enregistré tous les actes d’une vie. Une population qu’il a vu décroître de près de 10 % entre 1980 et 2000 avant qu’elle ne rebondisse cette dernière décennie.
Pourtant, lui qui a toujours su s’adapter aux évolutions et préserver un même intérêt pour la fonction, il a fini par éprouver de la lassitude car « si la simplification administrative relève du bon sens, le transfert de missions de l’État vers les mairies, sans contrepartie suffisante, a beaucoup pesé : acceptable pour un changement de prénom ou un PACS, la situation a par contre créé de la tension à tous les niveaux s’agissant des passeports biométriques et des cartes nationales d’identité ».
Attaché aux fondamentaux du service public, et pour avoir fait de la qualité d’accueil des usagers le fil conducteur de sa carrière, Raymond qui déteste par-dessus tout le conflit ne s’est malgré tout jamais départi de sa légendaire courtoisie ; même quand elle rimait en lui avec nostalgie… Celle d’un temps où l’on n’en manquait pas pour servir les administrés. « Mais avec Matthieu c’est sûr, le Service est aujourd’hui entre de bonnes mains ! »