Roland MEDER, un saxo très jazzy

Depuis plus d’un demi-siècle, le Huninguois Roland Meder a son palpitant vibrato pour deux amours : le swing et le style New Orléans. Et chauffe Roland, chauffe !
Une confirmation d’engagement qui arrive avec retard, un bon job qui s’offre et qu’on saisit entre-temps… À quoi tient toute une orientation dans la vie ?
Il en avait la passion, il en avait le talent : Roland Meder voulait, aurait pu être un musicien professionnel. Un bon saxophoniste et clarinettiste assurément. Au sortir du service militaire, on l’invitait à rejoindre un orchestre à Paris. Trop tard ! Deux mois plus tôt, il avait signé pour faire ses gammes chez… Sandoz et une carrière de 40 ans achevée au pupitre de responsable du service logistique de Clariant Muttenz.
Un couac ? Pas vraiment, répond l’intéressé. « Je ne regrette rien car j’ai su combiner et mon travail et ma passion. Et finalement j’ai quand même pratiqué la musique un peu comme un professionnel. » C’est vrai ! Avec des prestations, des animations de bals et festivals qui l’auront vu essaimer ses notes de Paris à Berne, de Dresde à Bâle sans oublier la région frontalière dont la « Nuit du jazz » de Saint-Louis.
Le jazz, c’est sa passion depuis toujours, celle qui l’a incité à poursuivre la pratique d’un instrument et, de fil en aiguille, de copains en copains et d’orchestre en orchestre à aligner finalement une portée de plus de cinquante années de musique.
« J’ai commencé l’apprentissage à 8 ans. Par la clarinette puis le saxophone. Un oncle m’avait dirigé vers une de ses connaissances, Eugène, de Huningue, qui dirigeait une fanfare. Mais il m’a d’abord fallu surmonter l’épreuve du solfège. Aïe ! Puis j’y ai pris goût. Au début des années soixante, avec quatre copains, on a monté l’orchestre « Continental ». On animait les kilbes, la foire de Mulhouse, durant trois semaines tous les jours… À notre répertoire, incontournables de l’époque, des marches, des valses, des tangos… bien sûr, mais aussi, plus rare, on faisait dans le swing. Ce qui dénotait par rapport aux autres groupes. On était pas mal demandé. »
Le bal des officiers les samedis
Le service militaire dans les Tirailleurs marocains puis le 110e RIM à Donaueschingen n’aura pas fait refroidir son instrument. Roland se retrouve dans la musique militaire. Et pas que celle qui marche au pas. « Non ! On animait le bal des officiers tous les samedis soirs. J’ai aussi retrouvé là-bas Rolf, le batteur de notre orchestre « Continental » et de bons musiciens dont le guitariste de Patricia Kaas. »
Et puis le jazz, toujours le jazz… « Les harmonies ne me disaient rien. Et il n’y avait pas beaucoup de possibilités dans la région frontalière. » Alors, des rencontres avec des musiciens à Bâle (le langage de la musique est universel) « puis, au début des années quatre-vingt-dix, avec Pierre, le tromboniste, de Village-Neuf, j’ai rejoint un groupe allemand. Six musiciens et trois chanteurs pour le « Hans Hingerle and the Hit Singers ». Et pendant plus de 25 ans, des tournées en Allemagne et en Suisse, à Hambourg, Francfort, Davos, Saint-Moritz, Gstaad devant des publics de 1200 personnes, les vendredis et samedis soirs. On dormait au retour, le dimanche, dans le bus. Et le lendemain, le travail. »
À quand le saxo de Roland à Huningue ?
Et puis il y a encore le Casa Loma Jazz Band – cinq Français et deux Suisses- pour cultiver sa passion du jazz New Orleans montée des caves de Saint-Germain aux rythmes des Sidney Bechet et autres Claude Luter et aussi le Regio Six Jazz Band pour nourrir celle du swing des années trente et cinquante qui habille les films noirs de polards « Ah ! Un témoin dans la ville, Les liaisons dangereuses ou Ascenseur pour l’échafaud… Avec le Casa Loma, on s’est classé premier, en 2008, au festival de jazz de Megève. »
De ses rencontres Roland retient le plaisir aussi que « la jeunesse se lasse de l’électronique et commence à s’intéresser à ce type de musique ». Un virus qu’il pourrait bien refiler à Village-Neuf où, depuis sa retraite, son saxo et lui œuvrent à l’école de musique ; « un challenge pour moi car je n’ai jamais enseigné. »
Et si, outre les arrangements musicaux (une passion aussi) il continue, avec la bénédiction de Georgette, son épouse, à courir les festivals, il aimerait bien chauffer un jour Huningue. Car, une lacune dans sa « carrière », si Roland s’est produit sur bien des scènes de la région frontalière, il n’a encore jamais joué avec ses jazz bands dans sa commune. « Une question de calendrier ». Qu’il va bien falloir accorder un jour.
Jean-Louis Mossière